CLIK, Incubateur de Créativité

Un écosystème de l’entrepreneuriat déficient

La création d’entreprises est fondamentale pour le développement du Maroc. Cependant, elle représente un défi considérable dans le cadre d’une économie en développement dont l’écosystème est encore déficient.

Ces déficiences de l’écosystème dans sa globalité débouchent sur quatre obstacles majeurs notamment :

  1. Malgré l’engagement du Maroc depuis plus d’une dizaine d’années dans des réformes visant à améliorer son environnement économique, la corruption pèse encore sur le climat des affaires. Cela constitue un obstacle significatif pour les opérations commerciales et la croissance des entreprises, notamment sur l’entrepreneuriat des jeunes.
  2. Une certaine inefficience caractérise la qualité de l’administration, du cadre légal et réglementaire et des institutions qui pourtant représentent des facteurs déterminants de la compétitivité de l’entreprise marocaine.
  3. Les porteurs de projet et leurs partenaires se retrouvent souvent seuls, loin des infrastructures et des centres d’expertise où ils peuvent trouver des ressources et l’accompagnement dont ils ont besoin. Cet éloignement est également observable en matière d’innovation : les entrepreneurs pâtissent trop souvent de l’éloignement géographique et du cloisonnement des pôles de recherche.
  4. Le corps social marocain est insuffisamment imprégné d’une culture de l’innovation et de l’entreprise. D’un autre côté, l’activité économique continue à être prisonnière de réseaux de relations traditionnels trop réduits, ce qui ne favorise pas les jeunes entrepreneurs qui arrivent sur le marché avec des nouveaux modes de travail et de communication.
  5. La qualité et la prise de risque inhérente à l’innovation, ne sont pas au centre des critères de sélection des offres de service, surtout de la part des administrations et des collectivités territoriales, ce qui pénalise les jeunes et impacte négativement le développement de l’économie locale.

Ces observations ont conduit CLIK à concevoir une nouvelle approche globale de soutien à l’écosystème kénitrien. Pour ce faire, CLIK s’est posé la question de savoir si un processus d’incubation ne pouvait pas servir à l’émergence de projets territoriaux, autant qu’à celle de nouvelles entreprises.

Enfin, l’écosystème marocain présente des disparités régionales très fortes. Si les grands centres urbains comme Casablanca ou Rabat disposent d’infrastructures, de réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise et l’innovation, et d’expertises de haut niveau pouvant rivaliser avec les acteurs internationaux, sur des segments bien spécifiques, il n’en va pas de même une fois sorti de ces métropoles pour aborder les villes moyennes et les espaces décentrés.

CLIK vise donc ce type de territoire où les écosystèmes ne sont pas encore suffisamment développés et où ils sont d’autant plus nécessaires que des opportunités de développement très riches émergent. C’est en particulier le cas de la région de Kénitra et de la plaine du Gharb.

Création d’un Incubateur de Créativité

CLIK dispose déjà d’une infrastructure d’accueil au cœur de Kénitra. Celle-ci s’impose d’ailleurs de plus en plus comme un lieu de convergence pour toute une série d’acteurs, et, comme un nouveau lieu d’animation territoriale. Bien naturellement dans ce contexte, sa vocation est de devenir un incubateur où ses équipes et réseaux d’experts pourraient intervenir pour accompagner des créateurs d’entreprises et des jeunes start-ups.

L’objectif de  CLIK est de développer un concept plus global d’incubateur qui puisse répondre aux enjeux qui viennent d’être énoncés. Notamment, un facteur clé de réussite sera la capacité du nouveau dispositif à disséminer un changement culturel dans le territoire. Pour répondre à ces défis, plutôt que de proposer une stratégie de création institutionnelle pour doper l’écosystème marocain, le projet préconise de créer une plateforme informatique web qui consisterait en un incubateur virtuel.

Pour réaliser cet objectif, des développements méthodologiques et technologiques seront nécessaires à deux niveaux :

  • créer et adapter des modèles méthodologiques d’incubation. L’Europe constitue un réservoir considérable de méthodes éprouvées par l’expérimentation et la pratique. Cependant, elles doivent être contextualisées.
  • développer un portail web d’incubateur virtuel. En effet, les conditions géographiques et de mobilité, le manque ou la faiblesse d’efficacité des dispositifs de médiation ainsi que les schémas d’organisation sociale rencontrés au Maroc conduisent à des situations d’isolement des acteurs et des entrepreneurs en particulier. De ce point de vue, les technologies mobiles et le web représentent une extraordinaire opportunité pour briser ces effets d’isolement et de distanciation, pour apporter au plus près des entrepreneurs, des acteurs territoriaux et de la société civile en général les services d’accompagnement de l’incubateur et assurer  la pénétration effective de son travail de sensibilisation et de changement culturel au plus profond de la société.

Dans un premier temps, l’incubation de projets d’entreprises visera spécifiquement les public-cibles suivants :

  • les étudiants dans les filières universitaires autour des systèmes d’information, du génie civil, du bâtiment et de l’ingénierie industrielle. En effet, beaucoup d’étudiants dans ces filières ont des projets de création d’entreprises nouvelles de différents types : startups digitales, cabinet d’études, entreprise de construction, entreprise industrielle ou technologique, etc…  Il y a donc une vraie demande sur ce créneau
  • deux autres types de public-cibles  sur lesquels pèsent plus particulièrement les problématiques du sous-emploi et du manque de ressources, les jeunes et les femmes. Une réflexion pourrait être menée plus globalement par rapport à des populations comme celle de la plaine du Gharb : dans ce cadre, l’incubateur de Kénitra pourrait être un outil très précieux pour accompagner les femmes et les hommes désirant « sortir » de la précarité rurale via l’entrepreneuriat

Bien évidemment, un tel incubateur ne peut réussir que s’il déploie une stratégie d’impulsion de changement culturel au sein de la société et de l’écosystème kénitrien. De même, ce projet devrait encourager l’expérimentation de nouveaux modèles d’aide au développement à travers des approches de co-incubation internationale ouverte et contributives.